L’archéologie et l’art ont un point commun : ils parlent tous les deux d’une découverte ou d’une rencontre. Découverte d’un monde, d’un lieu, d’une époque.
L’archéologie va sortir de terre les restes oubliés d’une culture disparue : objets du quotidien, objets d’art et de prestige, textiles, monuments, etc…
L’art, quant à lui, se nourrit du passé et du présent pour créer un rêve, une émotion qui s’inscrit dans la durée et représentative de son époque.
Le rêve est le ciment de l’archéologie et de l’art.
Avant de devenir archéologue, on a d’abord rêvé du passé.
Or, l’art est là pour cela : il donne matière au rêve et lui confère une autre dimension.
L’intérêt pour l’archéologie est apparu à la renaissance avec la redécouverte des vestiges antiques et la mode des cabinets de curiosité où l’on collectionnait des objets anciens, sans souci historique, pour rêver et éveiller l’esprit.
Celui qui est vu comme le père de l’archéologie, Cyriaque d’Ancône, accompagnait ses collectes d’objets de dessins, qui peuvent être considérés comme les premiers croquis archéologiques. Croquis, voyages et cabinets de curiosité, vont propager le goût de l’ancien.

Les artistes vont s’engouffrer dans la brèche ouverte par les antiquaires, et créer des œuvres qui vont entretenir le rêve.
Avec l’époque romantique, les ruines sont devenues un sujet à part entière, et la peinture, comme la littérature, vont diffuser la tendance à imager le passé.
Dans la lignée du romantisme, les voyages d’exploration scientifiques se développent au XVIII éme.
Les premiers «archéologues» se font accompagner de dessinateurs dans le but de retranscrire avec précision les découvertes, mais aussi d’en ouvrir l’accès au grand public et de les mettre en scène.
Ainsi, la campagne en Egypte de Bonaparte offre au monde un accès aux mystères de ce pays au travers du livre monumental « La description de l’Egypte » qui sera l’origine de « l’égyptomanie » et donne un essor sans précédent à l’étude des civilisations pharaoniques. Les illustrations qui l’ornent véhiculeront le rêve de l’antique, et ouvriront la voie à toute une génération d’artistes.
De même pour l’Amérique du Sud où les premières découvertes des cités maya seront popularisées par le dessin, notamment ceux de Catherwood, teintés de romantisme.

Actuellement, l’archéologie fait appel à des illustrateurs dans le but de faire des reconstitutions. Ces dessins, à visées scientifiques, tentent de donner une image la plus exacte possible de l’histoire en se reposant sur les dernières données de la recherche.
Ils sont essentiels pour reconstituer ces mondes oubliés et leur donner vie.
Mais le rêve doit être entretenu. C’est lui qui a permis les grandes découvertes, en ouvrant l’esprit à tous les possibles.
L’imaginaire ouvre les champs de la réflexion auprès du grand public. Une image trop scientifique, une scénographie trop muséale, impose un modèle de reconstitution : l’esprit étant souvent paresseux, il se contente de l’image offerte et ne cherche pas au-delà de ce qu’on lui propose. Il faut trouver le juste milieu.
Créer des dessins qui se nourrissent aussi de rêve est donc toujours essentiel à notre époque où l’intelligence artificielle empêche l’homme de penser par lui-même, et de rêver.
Ils permettent l’innovation, la curiosité en stimulant l’esprit.
Faire un pont entre le savoir et le rêve, en enrichissant son dessin des dernières avancées scientifiques, est possible.
Partir des cités de rêves pour arriver à la reconstitution archéologique, ce cheminement reprend celui de l’histoire de l’archéologie : du rêve à la science.
Car le rêve est le moteur de l’histoire.



